J’ai donc découvert l’Ennéagramme à Noël dernier. C’est ma marraine qui m’a proposé une rencontre avec Olivier, car il avait une théorie sur les anorexiques et l’interaction avec les mères. J’ai décidé d’y aller, de toutes façons je n’avais rien à perdre (ayant déjà essayé nombre de psychothérapies sans résultat, voire empiré les choses). Je n’espérais pas plus de cette rencontre, me disant que aucun psy ne m’avait jamais fait avancer d’un centimètre dans la compréhension de moi et des raisons enfouies de mes troubles nutritionnels.
Après, Olivier m’a lu la description de mon type. J’avoue que cette journée m’a transformée. Je me suis très bien reconnue (c’est tout à fait moi) et drôlement libérée d’avoir enfin pu mettre des mots sur l’inexplicable et l’incompréhensible en moi, qui me travaille et me torture depuis si longtemps. En effet, ma première anorexie mentale remonte à mes 12 ans (jusqu’à environ 14 ans). Après une phase de boulimie jusqu’à mes 16 ans. A 16 ans, rechute dans l’anorexie. Et depuis, période d’alternance avec la boulimie, tout en essayant de regrossir et de me reconstruire après tant d’années d’autodestruction. L’Ennéagramme m’a beaucoup apporté (c’est d’ailleurs la seule chose qui m’ait fait avancer). Mon vide identitaire est moins béant, par le simple fait que je me connais mieux et que j’ai mis le doigt sur les motivations (compulsion) profondes de mes comportements.
Par ailleurs la théorie d’Olivier m’a fait prendre conscience de choses relativement inavouées, à savoir par exemple la relation de rivalité avec ma mère (au fond quête de maîtrise totale de soi au point de refuser de s’incarner dans un corps). Egalement le problème identitaire qui est mon angoisse n°1, due aux réactions excessives de ma mère lors de mon enfance. Autant de réponses décisives pour moi et inespérées. Car la médecine moderne était totalement incapable de fournir une seule explication quant aux causes de l’anorexie. Les facteurs sont multiples, c’est un fait. Mais la pauvreté des connaissances en ce domaine est très frustrante pour les malades. On se sent encore plus incompris, encore plus anormale et encore plus seule face à sa souffrance. Quand on est anorexique et que la médecine est impuissante à vous aider, le dénuement est total. On est seul enfermé dans son univers, imperméable aux autres et à toute communication. C’est pourquoi arriver à mettre des mots sur cela est une libération, un soulagement, et surtout nous donne le sens vers lequel avancer. C’est ce qu’a fait l’Ennéagramme. Et sans çà, à l’heure qu’il est, je ne sais pas si je serais encore de ce monde. En effet, environ 10% des cas meurent ou se donnent la mort. C’est normal, je crois que tous ceux qui ont vécu cela passent par une période où la détresse, le mal-être et la dépression est telle que mieux vaut abréger ses souffrances que de vivre cet Enfer. Vivre cela laisse des traces indélébiles. C’est pourquoi je ne le souhaite à personne. Pas même à mon pire ennemi tant la souffrance est grande. Par ailleurs il est très dur de ré-apprendre à vivre (et d’en avoir le goût). Je déplore le fait que malheureusement il y a dans nos sociétés de plus en plus d’anorexiques. Cela est dû en partie au culte de la minceur, dont j’ai moi-même été aussi victime. C’est pourquoi, sachant que l’Ennéagramme pourrait aider de nombreuses filles dans mon cas, et puisque de toutes façons il n’y a aucune connaissance clinique suffisante, pourquoi refuser d’aider les patientes et de soulager leur détresse ? Voilà, j’espère que je n’ai pas été trop longue dans mon témoignage et ma description. C’est que j’ai tellement peur d’être incomprise… Céline, le 18 novembre 2003. |
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